Mercredi 19 avril 2006

VocationsSi tu savais le don de Dieu, Allume ton cœur… En mettant côte à côte le thème de la 43ème journée mondiale de prière pour les vocations (7 mai 2006) et celui du récent pélerinage des collégiens de l’AEP à Lourdes (28 avril au 1er mai), on obtient… un beau résumé de la vie chrétienne. Car celle-ci consiste autant à « recevoir » qu’à « donner » en retour. C’est comme s’il nous était dit : « Si tu savais le don de Dieu, si tu étais davantage réceptif et disponible à l’amour que Dieu te donne sans compter en Jésus-Christ, tu percevrais aussi son appel à vibrer à ses attentes pour le monde ; à allumer ton cœur pour aimer à ton tour, pour te donner ; à mettre en œuvre tes talents pour servir, en particulier les plus petits, les plus faibles, les mal-aimés ; à témoigner de façon rayonnante de l’amour de Dieu pour le monde ; à prendre aussi les moyens de recevoir davantage encore du Seigneur, par l’écoute de sa Parole, par la prière, par l’Eucharistie... »

Les collégiens des aumôneries de l’enseignement public de Midi-Pyrénées en ont fait l’expérience à Lourdes pendant 3 jours : cette attention qu’ils ont consacrée à découvrir et à accueillir la présence du Seigneur dans leur vie, d’un Dieu qui marche à leurs côtés, qui les encourage dans ce grand pèlerinage qu’est leur vie, d’un Dieu qui les porte parfois aussi, qui les réconcilie avec leurs frères, mais aussi avec eux-mêmes… ce passage « par Dieu » n’était pas un détour rallongeant leur parcours, ou une diversion du concret de l’amitié, de l’amour, ou du service à vivre entre frères. Non, c’était au contraire le chemin le plus direct vers cette joie qu’ils ont su se partager dans les moments de fête, de jeux, de célébrations. Lorsque l’on est branché sur le Christ, un rassemblement ne peut qu’être joyeusement fraternel, alors qu’il pourrait aussi donner lieu à chauvinisme, agressivité, excitation collective…

Comme prêtre, ce fut une joie profonde que d’accompagner ces jeunes à Lourdes, d’y redécouvrir avec eux et comme à neuf la vie de Bernadette, les lieux de sa vie, la juste place de la lumière et de l’eau à Lourdes, la prière du « Je vous salue Marie »… J’ose espérer qu’une telle expérience sur un temps trop bref et en un lieu exceptionnel, puisse ouvrir ces jeunes sur ce qui se passe de façon ordinaire dans le beau risque et la belle aventure qu’est toute vocation, qu’il s’agisse de mariage, de consécration religieuse ou de ministère ordonné : un passage « par Dieu » ; une réceptivité accrue à l’égard de l’amour inconditionnel que le Seigneur a pour chacun, et donc pour soi, et donc aussi pour tous ; une réponse personnelle par des choix quotidiens et des exigences à se donner, qui préparent un engagement total, exprimant que nous nous sommes tout entier laissés saisir par cet amour infini, non seulement en actes à l’égard de nos frères, mais à travers le don du tout de notre personne. Ce sera une joie de voir Aurélien de Boussiers et Joseph Sy nous donner le témoignage de ce don par leur ordination, Dimanche de la Pentecôte (4 juin, 16h, en la Cathédrale).

par Raphaël Bui publié dans : Foi
Mardi 18 avril 2006

En lien avec la journée mondiale de prière pour les vocations, voici une conversation (fictive) rédigée à partir de (vraies) questions posées sur msn messenger (doté de l'indispensable add-on msgplus) et poursuivie dans le fil des commentaires. Pour les collégiens, voir aussi ici.


RésurrectionPAUL - Mon Père, éclairez moi… J'ai une question à vous poser....

JEAN - ...

PAUL - Que vais-je devenir ?

JEAN - ???

PAUL - Je ne sais pas ce que je veux faire... et il faut que je prenne une décision...

JEAN - Le choix t'appartient, et si ta décision est prise dans un climat de liberté et de confiance, ta volonté sera celle de Dieu. Deux questions peuvent alors t’éclairer pour discerner si une voie te convient, parmi les multiples qui te conviendraient aussi : (1) y seras-tu heureux ? (2) y feras-tu du bien ?

PAUL - Comment puis-je le savoir ?

JEAN - Répondre à ces deux questions passe par la connaissance que tu acquiers de toi-même à travers [a] les expériences que tu as pu faire, en particulier dans le même registre que celui de la voie que tu choisis - t'être occupé de telle personne âgée de ton entourage, s'il s'agit de discerner une voie dans le médical, avoir fait du soutien scolaire, s'il s'agit d'une voie dans l'éducatif etc... - [b] le retour que t'en donnent ceux qui t'entourent, et qui te connaissent souvent mieux que toi-même... Quel bonheur, quel bien reçus ou donnés... ?

PAUL - Est-ce qu'un voyage, une mission auprès des plus pauvres aiderait au discernement ?

JEAN - Un voyage vaut encore plus le coup s’il est sous-tendu par un projet déjà vérifié à petite échelle, plutôt que pour évaluer l'intérêt d'une voie à partir de rien. Le fait de partir, le dépaysement apporte un plus, certes, en obligeant à aller au bout de soi-même, en révélant des talents peut-être ignorés, mais il ne peut en lui-même indiquer ce qui pourrait être ta vocation et qui aura à se vivre dans la vie ordinaire. Aussi, il y a déjà un premier discernement à faire sur ce qui t'anime, à partir de ce que tu vis déjà ordinairement, et dont une mission, un voyage, une année de service exceptionnel servira à vérifier la profondeur. La vie des saints est assez éclairante à ce sujet. Des saints comme Ignace de Loyola, Charles de Foucauld ont souvent cherché leur voie dans l'héroïsme ou dans une voie extraordinaire. Et ils y ont renoncé, pour revenir à l'ordinaire et y devenir saints... Alors entre partir dans une mission lointaine auprès des plus pauvres, et rester auprès des siens, le choix n'est pas simple : il n'y a pas de réponse absolue, qui ferait dire que partir est bon - ou à l'inverse que rester est bon. C'est à toi de le vérifier, en envisageant sereinement chaque option, et en mesurant intérieurement celle qui t'apporte le plus de paix et de joie. Une précision cependant : il n'y a pas à opposer la recherche du bonheur, de ton bonheur, et la réalisation du plus grand bien, parce que les deux se confondent. Mais il arrive que l'on prenne pour un bien supérieur ce qui n'en a que l'apparence, parce qu'il se présente comme plus héroïque ou exigeant. Le bonheur, avec la paix et la joie qui l'accompagnent coïncide avec le fait d'être à sa juste place. Toujours ces deux critères : être heureux, faire le bien.

PAUL - Comment pourrais-je vérifier que mon choix est le bon ?

JEAN - Il faudrait que je retrouve quelques textes issus de la tradition ignatienne, qui donnent des indications pratiques sur la manière de discerner... Mais en gros, cela part de la première expérience spirituelle de Saint Ignace qui sur son lit de soldat en convalescence, se faisait des films dans sa tête en imaginant soit (1) ce qu'il ferait s'il gagnait tel combat, s'il séduisait telle princesse etc... soit (2) ce qu'il ferait s'il suivait la voie de tel ou tel saint. Les 'films' de type (1) le mettaient en joie quand il y pensait mais le laissaient dans une sorte de tristesse ou d'abattement lorsqu'il revenait à la réalité, tandis que les 'films' de type (2) le gardaient dans la joie pendant et après le travail de son imagination, même une fois revenu à la réalité. De là il a déduit différentes règles pratiques pour vérifier intérieurement si telle ou telle voie est ou non inspirée par le Seigneur, ou au contraire représente une tentation que l'Adversaire met sur notre route pour nous faire dévier de notre vraie vocation.... Si le fait d'envisager intérieurement telle option du choix, de l'imaginer, te laisse en paix une fois revenu au réel, et même t'aide à vivre plus heureusement et plus courageusement la réalité présente, même si elle est encore différente de ce que tu projettes de faire - c'est que tu es sur la bonne voie.

PAUL – Est-ce qu’il n’y a qu’une seule « bonne voie » ?

JEAN - Je ne pense pas qu'il y ait une seule réponse à la question de la vocation, car je ne crois pas que l'on soit prédestiné à une voie, comme si Dieu avait préécrit ce que nous devions faire, ou comme si l'on pouvait déterminer objectivement ce pour quoi quelqu'un est fait. C'est un peu comme dans l'amour : ce n'est pas quelqu'un de l'extérieur qui peut dire si deux personnes sont faites l'une pour l'autre, car c'est à elles de le dire ; mieux, c'est à elles de le décider ! Car la vocation est autant affaire de se laisser attirer par une voie (parmi plusieurs qui conviendraient aussi), que de la choisir, de la préférer aux autres voies. D'où ces quelques recommandations : garder ouverte la question de ta vocation ; te réjouir de te poser cette question - signe que tu prends la vie au sérieux, et que tu ne te contentes pas de vivre au jour le jour ; avoir assez confiance en Dieu pour croire qu'il saura bien mettre sur ton chemin les personnes et les événements pour t'aider à choisir la manière dont tu voudras aimer au maximum de toi-même ; faire une relecture chaque jour des occasions d'éprouver l'amour de Dieu et de tes décisions d'aimer en retour, qui procurent les plus grandes joies, à toi et aux autres ; ne pas y réfléchir seul, mais accepter d’en parler à un vis à vis, à un accompagnateur qui par son écoute, t’aidera à une relecture plus objective de ce qui t’anime.

PAUL – C’est alors à moi de décider, de choisir cette voie parmi d’autres bonnes voies possibles ?

JEAN - Oui. A ce titre, il n'y a pas de grandes et de petites décisions. Bien sûr, devenir prêtre, s'engager dans la vie religieuse ou se marier et fonder une famille représente une décision majeure dans une vie, et qui pourrait induire un certain stress, du fait de l'incertitude et de l'enjeu ; mais en réalité, une telle décision est prise sans inquiétude et presque naturellement, si elle est préparée par l'habitude de prendre ordinairement des décisions, grandes ou petites, qui vont dans le sens de la joie et de la paix évoquée ci-dessus... Par exemple, un jeune pour qui l'Eucharistie devient progressivement indispensable, qui choisit de lui consacrer du temps en semaine, parce qu'il a vérifié que c'était un chemin de vie... quelqu’un pour qui trouve sa joie à partager sa foi, avec ce que cela suppose de réflexion préalable sur cette foi, d’attention aux attentes des hommes, ce jeune peut envisager avec une certaine liberté intérieure une vocation sacerdotale. De même quelqu'un qui vérifierait au quotidien sa joie d'être auprès des malades pourrait envisager une vocation dans ce domaine, ou la vocation religieuse pour quelqu'un qui découvre concrètement la prière comme ouverture à l'absolu de Dieu qui seul suffit...

PAUL - Parfois j'essaie de faire le "bilan" de la journée et de le remercier pour celle-ci, mais ce n'est pas toujours évident. Comment je pourrais m’y prendre ?

JEAN - Une attention pratique aux joies quotidiennes et à leur origine peut déjà être un exercice spirituel suffisant pour le moment. On en reparle bientôt. D'accord ?

par Raphaël Bui publié dans : Foi
Jeudi 2 mars 2006

Chaînes sur internetJe suis toujours sidéré par la crédulité des jeunes (collégiens) vis à vis de trucs déraisonnables relayés par des chaînes d'emails du genre : "ça fait trop bizarre. Envoie ça à 15 personnes dans les 14 minutes. Et après presse sur la touche F6 tu verras qui est love de ta vie. Ca fait bizarre par ce que ça marche et si tu brises cette chaine tu auras de gros pb d'amour toute ta vie. Alors envoie ce message en faisant copier coller".

En toute simplicité, j'aurais cru que le fait d'en faire une fois l'expérience aurait suffi pour vérifier... que ça ne marche pas. En fait, l'expérience a beau être faite et refaite, certains continuent de relayer ces chaînes. Crédulité, quand tu nous tiens...

Qui au contraire a osé faire, ne serait-ce qu'une fois, l'expérience par excellence la plus raisonnable : celle de croire à l'amour de Dieu pour soi et pour les autres, par delà tout ce qu'il y a de peu aimable en soi et en autrui ? En faire vraiment l'expérience, miser sur cette confiance inouïe que Dieu a en l'homme, en moi... et voir l'effet que ça fait ? Humblement, je témoigne que ça marche !

Peut-être alors que la chaîne relayée serait d'une autre nature...

par Raphaël Bui publié dans : Foi
Dimanche 19 février 2006

Voici le compte-rendu qu'a rédigé Edith Guillemet sur la dernière des rencontres "Des religions pour la paix", entre chrétiens (catholiques, protestants) et musulmans, sur un thème d'actualité : l'affaire des caricatures. Cette rencontre s'est tenue à Rodez, vendredi 17 février, avec la présence de plusieurs des responsables de la communauté musulmane de Rodez (Moustapha Benmokhtar, délégué départemental du conseil du culte musulman, Abdelkader Dkhissi, président de la mosquée de Rodez, Boumediene Khomsi), du pasteur Etienne Vion de l'ERF, du p.Louis Delmas et de laïcs engagés à différents titres dans l'oecuménisme et le dialogue interreligieux, via le CCFD, l'ACAT, la Pastorale des migrants, le service diocésain de la communication... Un échange riche et cordial, s'autorisant désaccords et convergences de points de vue !

CaricatureMieux comprendre et parler ensemble de ce qui fâche…

Un groupe d'une vingtaine de croyants, musulmans, chrétiens protestants et catholiques, pasteur, prêtres ou laïcs, se retrouvent à Rodez depuis plus de cinq ans pour apprendre à se connaître, échanger sur leur foi et leur façon différente de la vivre dans une société laïque. Vendredi dernier, c'est "l'affaire des caricatures" qui a fait débat. Chacun a pu exprimer son point de vue sur la production des caricatures et les réactions qui ont suivi. En particulier Moustapha Benmokhtar, délégué départemental du conseil du culte musulman, et le pasteur Etienne Vion, dont la presse avait publié les positions différentes sur ce sujet.

Si plusieurs s'accordent à reconnaître la pratique de la caricature comme l'un des fondements de la démocratie et de la liberté d'expression, d'autres revendiquent des limites à cette liberté, liées à l'indispensable respect de la dignité de la personne humaine et de la foi du croyant, et tout simplement de la vérité. Encore faut-il s'entendre sur la lecture des caricatures. Celle de Mahomet s'adressait-elle à Mahomet et à la foi de l'Islam, ou était-elle plutôt un moyen de dénoncer ceux qui se servent du prophète à des fins guerrières ? Alors que l'amalgame entre le terrorisme et le modèle qu'est Mahomet pour les musulmans blesse profondément ces derniers dont la majorité dénonce la violence, comment comprendre les réactions violentes qui ont suivi la caricature ? Ceux qui regrettaient l'absence de manifestations des musulmans pacifiques, comprenaient cependant que la colère qui s'est exprimée vient de loin et dépasse largement le cadre d'un dessin…

Utilisation politique des religions, risque d’« intégrisme » athée, interrogations sur la responsabilité des médias et la régulation de leur pouvoir, autant de questions qui ont fait l'objet d'échanges attentifs et cordiaux. De fait, la question commune pour les croyants est bien de rechercher ensemble les moyens dont ils disposent pour vivre librement leur foi dans une société laïque et l'exprimer de façon juste et vraie. Les tabous et le sacré d'une religion ne s'imposent pas à ceux qui ne partagent pas cette religion. Il ne s'agit plus là d'une seule affaire de communication, mais de vie, sachant que la vérité se défend toute seule, avec douceur… Que pouvions nous conclure ? Que par nos rencontres, dans la confrontation choisie et le respect de chacun, nous sommes en train de construire humblement un lieu de dialogue et de paix.

Edith Guillemet

En complément :
- La position du Vatican sur les caricatures.
- Un
argumentaire technique du fr. Edouard Divry, o.p. sur libertepolitique.com
- Le très beau
site de l'exposition à la Bibliothèque Nationale sur la Torah, la Bible et le Coran, avec une partie sur la représentation dans le judaïsme, le christianisme et l'Islam (s'y déplacer avec les flèches en bas de page).

par Raphaël Bui publié dans : Foi

Kézako ?

TEXtes et images de la part d'un prêtre, faisant partie de ceux qui vonT A LA messe...

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