DIEU : Celui qui aime le plus
A TANT AIMÉ : le plus grand amour
LE MONDE : le plus grand nombre de personnes
QU'IL A DONNÉ : le plus grand acte
SON FILS UNIQUE : le plus grand don
AFIN QUE QUICONQUE : la plus grande offre
CROIT EN LUI : la plus grande simplicité
NE PÉRISSE PAS : la plus grande promesse
MAIS : la plus grande différence
QU'IL AIT : la plus grande certitude
LA VIE ÉTERNELLE : le plus grand bien.
Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean (Jn 3,16)
fête de la Trinité
Aimer, je puis toujours
Ce texte a été trouvé après sa mort, dans les cahiers d'une religieuse de 87 ans, atteinte d'un cancer qui l'avait privée de la parole. Familière de la souffrance et de la solitude, elle livre dans ces lignes, qu'elles soient de sa main ou empruntées à quelqu'un d'autre, ce qui fait le coeur de sa vie de consacrée : l'Amour.
Bien longue est ma journée,
Eternel est l'Amour.
Bien petite est ma chambre,
Infini est l'Amour.
Solitaire est mon coeur,
Mais peuplé par l'Amour.
Chanter, je ne peux plus,
Aimer, je puis toujours.
Agir, je ne peux plus,
Aimer, je puis toujours.
Penser, je ne peux plus,
Aimer, je puis toujours.
Prier, je ne peux plus,
Aimer, je puis toujours.
Pleurer, je ne peux plus,
Aimer, je puis toujours.
Rien ne me restera,
Mais restera l'Amour
Dans « Paroles de Soeurs aînées », recueillies en vue du Jubilé des Personnes âgées, dans le cadre de la REPSA, La Roche-sur-Yon, septembre 2000.
Cela métonne
Charles Péguy
Cela m'étonne toujours, dit Dieu
Cela m'étonne toujours, dit Dieu
D'entendre les gens dire :
"Nous sommes mariés ! "
Comme si on se mariait un jour !
Laissez moi rire.
Comme si on se mariait une fois pour toutes.
Ils croient que c'est arrivé et qu'ils peuvent vivre,
Vivre de leurs rentes d'amour de gens mariés.
Comme si on se mariait un jour
Comme s'il suffisait de se donner une fois,
Une fois pour toutes ;
Comme si moi-même,
J'avais fait le monde en un jour ;
Comme s'il ne fallait pas, à tout prix,
Par un bon sens enfin,
Se marier tous les jours que je fais.
Les hommes ne doutent de rien !
Deux moitiés ont tant à marier !
Quand on a été vingt ans seul,
Jeune homme seul,
Jeune femme seule,
Si différents,
De souches étrangères l'une à l'autre
Depuis des générations d'antan.
Que de choses à donner
Et à recevoir.
Que de choses à recevoir
Et à donner, mes enfants !
Il est heureux que dans l’Evangile selon saint Matthieu, le mot inaugural de l’enseignement de Jésus soit le mot "heureux". Rien d’étonnant : "Evangile" signifie "Bonne nouvelle". La volonté du Père est que l’homme soit heureux. Les Béatitudes annoncent un bonheur profond, et certain, car fondé sur la fidélité de Dieu à son projet. Cette certitude de foi devrait bousculer le secret désespoir qui nous habite parfois : lorsque sans nous l’avouer vraiment, nous ne croyons pas - ou plus - au bonheur ; lorsque par faux réalisme, nous le bornons à notre mesure, aux satisfactions immédiates que la vie laisse à notre portée.
De fait, les Béatitudes nous bousculent : alors que nous cherchons la sécurité, la satisfaction de nos besoins, l’autosuffisance... elles proposent un bonheur qui suppose un manque persistant, un désir encore tendu en avant, une mise en marche active. André Chouraqui, en juif érudit, traduit "Heureux…" par "En marche…", comme si le malheur consistait à s’arrêter, à renoncer à avancer vers ce Royaume dont Dieu est le centre. On s’arrête, soit parce qu’on le croit inaccessible, soit parce qu’on l’a remplacé en nos cœurs par un royaume moindre dont nous serions le centre... Or cette marche vers le Royaume de Dieu, non seulement n’est pas vaine, mais elle donne d’expérimenter la proximité de Dieu en Jésus-Christ présent à nos côtés, l’ouverture aux autres, la certitude qui prévaut par delà les épreuves que "la victoire est certaine" - selon les mots du pasteur D.Bonhoeffer juste avant son exécution par les nazis.
Il faudrait percevoir ce qu’il y a d’infiniment désirable dans ce Royaume des cieux non seulement promis au futur, mais assuré au présent, pour accueillir avec joie le programme de vie des Béatitudes. Ce programme n’est rien d’autre que celui de Jésus lui-même, pour nous introduire dans son Royaume : un Royaume où être pauvre de cœur rend capable d’accueillir toute chose comme un don ; où la douceur et la miséricorde sont victoires sur la violence et sur le mal ; où les yeux sont lavés par des larmes de repentir et de compassion ; où la faim et la soif de justice et de paix font participer à la passion de Dieu pour l’homme ; où la pureté de cœur donne de tout voir avec le regard de Dieu, et de voir Dieu en toutes choses ; où la valeur de la vie est à la mesure de ce pour quoi on est prêt à la risquer, à la donner.
La marche vers ce « Royaume » se joue dès à présent dans notre rapport au monde et aux autres, mais ce qui rend cette marche persévérante et heureuse, heureusement persévérante, c’est d’avoir son terme – et d’être déjà – dans ce qui est l’objet même de l’Evangile : obtenir la miséricorde de Dieu, voir Dieu, être fils de Dieu, entrer dans cette terre promise qu’est le Royaume de Dieu, manifesté en la personne de Jésus.
La calligraphie en illustration est de Georges Unal (Rodez, 05 65 75 91 56)

