Lundi 24 mars 2008

Vitrail de l'Arbre de Jessé2 Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l'aube :
mon âme a soif de toi ;
après toi languit ma chair,
terre aride, altérée, sans eau.

3 Je t'ai contemplé au sanctuaire,
j'ai vu ta force et ta gloire.
4 Ton amour vaut mieux que la vie :
tu seras la louange de mes lèvres !

5 Toute ma vie je vais te bénir,
l
ever les mains en invoquant ton nom.
6 Comme par un festin je serai rassasié ;
la joie sur les lèvres, je dirai ta louange.

7 Dans la nuit, je me souviens de toi
et je reste des heures à te parler.
8 Oui, tu es venu à mon secours :
je crie de joie à l'ombre de tes ailes.
9 Mon âme s'attache à toi,
ta main droite me soutient.

10 [Mais ceux qui pourchassent mon âme,
qu'ils descendent aux profondeurs de la terre,
11 qu'on les passe au fil de l'épée,
qu'ils deviennent la pâture des loups !

12 Et le roi se réjouira de son Dieu.
Qui jure par lui en sera glorifié,
tandis que l'homme de mensonge
aura la bouche close !]

(Traduction liturgique - Copyright AELF
Paris - 1980 - Tous droits réservés)

 

L'« amour de l'homme pour Dieu » dans l'AT, s'exprime le plus souvent dans le contexte juridique d'une réciprocité à l'égard de Dieu et de son amour pour l'homme, au moyen de l'observance de ses commandements. L'AT comporte pourtant bien des pages où la relation entre l'homme et Dieu s'exprime explicitement sous la forme d'un sentiment amoureux. Ainsi en est-il du psaume 63 (62), qui dans le psautier exprime parfaitement l'intime relation d'amour que peut connaître le fidèle à l'égard de son Dieu (v.2a) : « Dieu tu es mon Dieu, je te cherche dès l'aube » (trad. liturgique). Les sentiments exposés dans ce psaume 63, et les mots pour le dire, ne sont pas isolés dans l'AT, mais résonnent avec d'autres passages bibliques. L'image spatiale de l'âme qui cherche Dieu (v.2a), et celle de la mémoire nocturne de l'Aimé (v.7 : « Dans la nuit, je me souviens de toi ») est la même que celle du Cantique des Cantiques (Ct 3,1 : « Sur ma couche, la nuit, j'ai cherché celui que mon cœur aime »). De même, le terme « se presser » contre Dieu, ou s'attacher à Dieu (dabaq v.9 : « Mon âme s'attache à toi ») se retrouve dans des textes deutéronomiques pour exprimer la relation d'intimité spécifique du croyant avec Dieu (Dt 10,20 ; 11,22 etc... Js 23,8) : le psalmiste - ou le roi David errant au désert de Juda, poursuivi par ses ennemis - s'éprouve loin de Dieu et aspire à le retrouver, en particulier au sanctuaire du Temple (v.3a). Ce sentiment est exprimé sous la forme radicale d'un besoin, la soif, éprouvée par tout l'être du croyant dans son unité d'âme (v.2b) et de chair (v.2c) : « Mon âme a soif de toi ; après toi languit ma chair ». Il s'exprime aussi sous la forme du désir d'être rassasié de Dieu (v.6) : « Comme par un festin je serai rassasié ». La formule de St Augustin sur le « cor inquietum », le cœur sans repos tant qu'il ne demeure en Dieu, la formule de St Thomas d'Aquin sur le « désir naturel de voir Dieu », ou leur réapprofondissement dans le débat sur le « surnaturel » au milieu du XXème siècle (Henri de Lubac) trouvent ainsi dans le psaume 63 une base scripturaire sûre. Besoin, désir, attachement, il importe de voir dans ce psaume ce qui caractérise l'amour du croyant pour son Dieu, ce qui le motive et la manière dont il l'exprime.

Un des moyens pour le voir est d'en analyser le plan. Certes, une proposition de plan d'un texte biblique est toujours un peu arbitraire. John S. Kselman et Michael L. Barré (New Jerome Biblical Commentary) proposent pour ce psaume le plan suivant :

v.2 :  exposition (le psalmiste loin de Dieu),
v.3-4  prière pour voir Dieu dans son Temple, (en parallèle aux v.5-6, puisque l'on retrouve les mêmes expressions « oui », « lèvres », « vie »)
v.5-6  prière du psalmiste pour qu'il revienne bénir Dieu,
v.7-9  expression d'intimité avec Dieu,
v.10-12  malédiction contre les ennemis et bénédiction des justes.

 

Un tel plan permet d'interpréter ce psaume dans le contexte cultuel d'une préparation au pèlerinage annuel à Jérusalem : le croyant redit son désir de retrouver la présence du Seigneur au lieu où par excellence elle se trouve : le Temple de Jérusalem. Amour cultuel, analogue à celui exprimé dans les psaumes « des fils de Coré », probablement des lévites au service du Temple, exprimant leur regret d'être éloignés voire chassés du Saint des Saint (Ps 42-49 ; 84-88). De fait la thématique du psaume 63 est très proche de celle des psaumes 42 et 43, avec des expressions identiques (Ps 42 v.3a : « Mon âme a soif de Dieu » ; v.5.7a : « Je me souviens de toi. »).

Pour préciser cet amour cultuel, et avec autant d'arbitraire, un plan différent peut être proposé, en chiasme ABCDC'B'A', qui repose sur des similitudes de sens entre groupes de versets et sur le réemploi de mêmes racines hébraïques en plusieurs versets, mais qui - avouons-le - vaut surtout pour les conséquences qu'il permet de tirer :

Psaume 63 (plan)

Quelques racines vont par paire (elohim, erets) liées au chiasme, mais les réemplois indiquent surtout une direction vers ce qui apparaît comme le verset central (v.6) qui reprend les racines principales (nephesh, saphah, ranan, halal, peh) et polarise tout le psaume. Ce verset 6 permet d'identifier le cœur de l'attitude du psalmiste, consistant en un amour pour Dieu, qui culmine dans le fait de se rassasier de lui (v.6a) et en l'action de prononcer de vive voix et avec joie sa louange (v.6b) : « La joie sur les lèvres, je dirai ta louange », chantons-nous dans la traduction liturgique... Cela répond à la recherche de Dieu exprimée au début du psaume (v.2), et consacre la valeur de la parole, de l'oralité (lèvres et bouche) pour le croyant : la parole est en lui ce qui le met le plus intimement en rapport avec Dieu, parce qu'elle lui permet de rendre grâce à Dieu, et de répondre ainsi à son amour. La parole humaine est faite pour cet office, cet opus Dei de répondre à la Parole de Dieu. La traduction liturgique est allée plus loin au v.7b que celle de la Bible de Jérusalem, en dépassant une simple méditation sur Dieu par la formule : « je reste des heures à te parler. » La parole est ici destinée à faire pénétrer l'homme dans le dialogue initié par Dieu dans sa révélation, à lui faire connaître le privilège connu de Moïse la joie sur les lèvres...seul : pouvoir parler à Dieu comme à un ami. La réciprocité d'amour de l'homme pour Dieu est certes cultuelle, mais elle peut s'exprimer en tout lieu, et en tout usage de la parole. A l'inverse, les menteurs du dernier verset (v.12c) qui n'auront pas su employer cette parole, auront la bouche fermée. Leur sanction est celle de ne plus pouvoir louer Dieu ! En paraphrasant St Augustin, le psaume 63 exprimerait la formule suivante : « Tu nous as fait pour toi, Seigneur, et notre bouche, nos lèvres, notre langue sont au repos forcé, vaines, inutiles, tant qu'elles ne te louent pas. »

Une telle louange verbale s'appuie sur deux pôles cultuels complémentaires, C et C' :

C : Le culte du Temple (v.3-5) à travers lequel se manifeste la puissance, la gloire (v.3b), et l'amour de Dieu pour le croyant, et où le croyant peut jusqu'à l'oubli de soi (v.4a) prononcer l'éloge de Dieu aimé pour lui-même (v.4b), par une vie consacrée à bénir Dieu (v.5a). Si pour les fils d'Israël, la vie est le bien suprême, nous avons en ce verset 4a la seule fois dans l'AT où un bien autre lui est préféré, et ce bien supérieur est l'amour de Dieu. Une telle affirmation contient en germe celle d'une extension de cet amour de Dieu au-delà de la mort du fidèle (Rm 8,38-39). La louange en parole est réponse à cet amour reçu au cœur même de la louange à Dieu. Elle est liée au geste sacerdotal d'élever les mains (v.5b), mais elle peut s'exprimer aussi en toute la vie du croyant (v.5a). L'amour pour Dieu est ici le plus désintéressé, car en C, Dieu est aimé pour lui-même, ce qui répond à la soif de Dieu, purement intérieure, décrite en B (v.2b-d).

Vitrail des saints (Cathédrale de Rodez)C' : Le mémorial (zakar : v.7) des actes de secours et de protection de Dieu à l'égard du croyant (v.7-8), et en retour la reconnaissance du croyant, auxquels - c'est une hypothèse - correspond(ra) le culte synagogal. Cet acte de mémoire caractérise la foi au Dieu d'Israël : rappel des merveilles qu'il a accomplies pour le peuple d'Israël, qu'il continue d'accomplir aujourd'hui, mais qui est aussi et surtout une manière de lui dire notre amour. Le mémorial au sens biblique du terme n'est pas d'abord anamnèse pour les croyants, acte de mémoire pour eux, mais rappel à Dieu. Certes l'amour pour Dieu répond ici à l'attente de salut vis à vis d'une persécution extérieure décrite en B' (v.9-11), incluant un souci de soi marqué par la répétition de « mon âme » (napheshi : v.9a, 10a). Mais il s'agit aussi d'un acte de confiance renouvelé à l'égard de Dieu.

L'ordre BC suivi de C'B' importe et a une profonde valeur spirituelle : la soif de Dieu pour lui-même (B) et son assouvissement cultuel par la louange (C), précèdent la reconnaissance à Dieu pour ses dons (C') et la demande de délivrance (B'). Les premiers donnent même aux seconds leur sens d'acte d'amour, de gratitude et de confiance plutôt que d'instrumentalisation de Dieu au service de l'homme, de réduction de Dieu à un moyen. Lorsqu'au contraire Dieu est aimé pour lui-même, et que tout n'est que moyen au service de cet amour, nos propres manques dans l'ordre temporel peuvent tout à fait être mobilisés pour l'affirmation de cet amour sous la forme d'une prière de reconnaissance et de demande. Commencer par l'action de grâce - qui à la différence d'un remerciement, consiste à rendre grâce à Dieu pour lui-même et non pour tel ou tel de ses bienfaits - aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force (Dt 6,4) va jusqu'à cet ordonnancement. Les principes et fondements de St Ignace de Loyola au début de ses « Exercices Spirituels » ne disent pas un autre ordre. Cet ordre fondamental est aussi celui du Notre Père, dont la première partie loue Dieu parce qu'il est Dieu, avant une deuxième partie de demandes que le croyant lui adresse.

par Raphaël Bui (séminaire) publié dans : Amour
Vendredi 1 février 2008

par Raphaël Bui publié dans : Amour
Mercredi 15 août 2007
Une vie pour les autres... L’expression semble aller de soi, surtout après vingt siècles de christianisme, après plus de trente siècles de judéo-christianisme… Une expression invitant à l’altruisme, à l’attention au prochain, à l’ouverture du cœur, à la générosité, au don de soi… Une expression qu’un humanisme même non chrétien assumerait, puisqu’il est capable d’expérimenter en dehors de la foi qu’« il y a plus de joie à donner qu’à recevoir » (Ac 20,35)

Dieu est amourEt pourtant l’expression : « une vie pour les autres » est d’une étrangeté radicale, non seulement parce que nous vérifions à quel point notre égocentrisme, notre égoïsme, la recherche de notre intérêt propre sont enracinés en nous, combien notre désintéressement est illusoire – l’amour le plus désintéressé nous intéresse – mais surtout quand on se réfère à ce que le Christ entend par amour et service du prochain. Après le geste du lavement des pieds, Jésus pose cette question à ces disciples : « Comprenez-vous ce que je viens de faire ? » justement parce que le geste ne va pas de soi. De fait, il faut reconnaître que nous ne le comprenons pas, que cela relève de la folie de Dieu plus sage que la sagesse des hommes. Folie pour le maître de se mettre à la place de l’esclave ; pour Dieu de s’identifier aux plus-petits ; pour sa toute-puissance de s’auto-limiter à l’impuissance de ceux qui ont faim, ont soif, sont nus, malades, étrangers ou en prison ; pour Dieu de mettre en équivalence le commandement de l’amour pour lui-même, Dieu – infiniment bon, infiniment aimable – et celui pour le prochain, non pas un autrui aimable dans l’abstrait, mais le prochain réel avec ses limites qui sont les mêmes que les miennes, avec la même finitude humaine que la mienne, et pour qui il n’y a donc pas plus de raison que je donne ma vie pour lui, que lui pour moi. A moins d’être sujet à l’illusion de croire en la supériorité de la valeur de l’autre, comme ce peut l’être dans la folie amoureuse.

La première clairvoyance consiste à admettre que nous ne savons pas aimer ou servir au sens où le Christ en donne le témoignage, qu’autrui ne nous intéresse pas vraiment, ou seulement jusqu’à un certain point, et surtout que l’abaissement du Christ par amour pour l’homme, le fait que le parfait se sacrifie pour l’imparfait, cela nous répugne. L’altruisme chrétien qui va jusque là n’est non pas simplement exigeant ou difficile, mais impossible.

Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimésPour la foi chrétienne, l’amour agapè, l’amour désintéressé pour autrui, qui l’accepte dans son originalité sans le juger – supérieur ou inférieur – sans chercher à le rapporter à soi, cette « charité » (caritas) est une vertu théologale, qui procède de la grâce de Dieu, où c’est de l’amour même de Dieu que l’on aime, où c’est de l’amour qu’il y a en Dieu que l’on aime : une participation par grâce à la vie trinitaire, à l’action de l’Esprit Saint, l’Amour personnifié. Une vie pour autrui, menée selon cet amour-là, n’est possible qu’en vertu de l’accueil préalable du don de l’Esprit Saint, d’une grâce, c’est-à-dire d’un cadeau immérité, qui donne au chrétien la joie de se reconnaître aimé inconditionnellement par Dieu, par delà mérites et péchés. La reconnaissance de ce don est première, appelant de la part de qui le reçoit l’exigence intérieure d’une libre réponse amour pour amour. Ce serait impossible (et ça l’est, parce que l’amour de Dieu pour l’homme dépasse infiniment l’amour de l’homme pour Dieu), si, se découvrant enfant bien-aimé du Père, le chrétien ne découvrait en même temps en Jésus-Christ la possibilité - invraisemblable si le Christ ne l’avait décidé ainsi –, qu’en aimant et servant son prochain, ce soit Dieu que l’on aime et serve.

Aimer à cause de Dieu, ou en vue de Dieu ne signifie pas que le prochain soit un moyen pour exercer l’amour même de Dieu, mais que c’est au niveau le plus profond de la présence de Dieu à l’intime de l’homme que s’établit la relation inter-humaine la plus vraie. Vivre pour les autres, consiste à inventer sa réponse personnelle à l’amour incompréhensible de Dieu pour moi, amour inconditionnel qui rend possible le don de moi-même. Répondre à sa vocation implique de tirer parti de ses talents et de ses limites, de la perception des manques et souffrances de ses frères, pour inventer cette réponse. Le cœur et les mains du croyant sont alors le prolongement de ceux du Christ pour exercer - et recevoir - l’amour de Dieu à l’égard des hommes.
par Raphaël Bui publié dans : Amour
Dimanche 15 janvier 2006

Compendium de la Doctrine Sociale de l'EgliseCe petit mémento de D.S.E. est un copier-coller à partir des "en bref" du Catéchisme de l'Eglise Catholique (1998). Il a servi samedi à une présentation à des lycéens et étudiants de l' "année Samuel".

C'est l'occasion ici de rappeler :

- la sortie toute récente du Compendium de la Doctrine Sociale de l'Eglise, en deux versions françaises au choix : Edition vaticane ou Bayard-Cerf-Fleurus ;

- les Assises Chrétiennes de la Mondialisation qui se sont tenues ce week-end, et qui témoignent fortement de la réflexion (cf. le Livre Blanc) et de l'action des chrétiens en vue d'une mondialisation au service de l'homme.

 ***

a-   Il existe une certaine ressemblance entre l'union des personnes divines, le Père, le Fils et le Saint Esprit, et la fraternité que les hommes doivent instaurer entre eux.

b-   Le respect de la personne humaine considère autrui comme un "autre soi-même". Il suppose le respect des droits fondamentaux qui découlent de la dignité intrinsèque de la personne.
 
Les différences entre les personnes appartiennent au dessein de Dieu qui veut que nous ayons besoin les uns des autres. Elles doivent encourager la charité.
 
c-   "La personne humaine est, et doit être le principe, le sujet et la fin de toutes les institutions sociales." (GS 25) L'homme est lui-même l'auteur, le centre et le but de toute la vie économique et sociale. Pour se développer en conformité avec sa nature, la personne humaine a besoin de la vie sociale. Certaines sociétés, comme la famille et la cité, correspondent plus immédiatement à la nature de l'homme.
 
Le développement véritable est celui de l'homme tout entier. Il s'agit de faire croître la capacité de chaque personne de répondre à sa vocation, donc à l'appel de Dieu (cf. CA 29).
 
d-   La solidarité est une vertu éminemment chrétienne. Elle pratique le partage des biens spirituels plus encore que matériels. Le devoir des citoyens est de travailler avec les pouvoirs civils à l'édification de la société dans un esprit de vérité, de justice, de solidarité et de liberté.
 
"Tu ne voleras pas" (Dt 5,19). "Ni voleurs, ni cupides ... ni rapaces n'hériteront du Royaume de Dieu" (1Co 6,10). Le septième commandement prescrit la pratique de la justice et de la charité dans la gestion des biens terrestres et des fruits du travail des hommes.
 
L'égale dignité des personnes humaines demande l'effort pour réduire les inégalités sociales et économiques excessives. Elle pousse à la disparition des inégalités iniques.
 
La loi morale proscrit les actes qui, à des fins mercantiles ou totalitaires, conduisent à asservir des êtres humains, à les acheter, à les vendre et à les échanger comme des marchandises.
 
e-   Le bien commun comprend "l'ensemble des conditions sociales qui permettent aux groupes et aux personnes d'atteindre leur perfection, de manière plus totale et plus aisée" (GS 26) Le bien commun comporte trois éléments essentiels : le respect et la promotion des droits fondamentaux de la personne ; la prospérité ou le développement des biens spirituels et temporels de la société ; la paix et la sécurité du groupe et de ses membres.
 
f-   Toute communauté humaine a besoin d'une autorité pour se maintenir et se développer. La communauté politique et l'autorité publique trouvent leur fondement dans la nature humaine et relèvent par là d'un ordre fixé par Dieu (GS 74) "Il n'y a d'autorité que par Dieu et celles qui existent sont établies par lui" (Rm 13,1).
 
L'autorité s'exerce d'une manière légitime si elle s'attache à la poursuite du bien communde la société. Pour l'atteindre, elle doit employer des moyens moralement recevables.
 
L'autorité politique doit se déployer dans les limites de l'ordre moral et garantir les conditions d'exercice de la liberté. La société doit favoriser l'exercice des vertus, non y faire obstacle. Une juste hiérarchie des valeurs doit l'inspirer. Le citoyen est obligé en conscience de ne pas suivre les prescriptions des autorités civiles quand ces préceptes sont contraires aux exigences de l'ordre moral. "Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes" (Ac 5,29).
 
Chacun doit se préoccuper de susciter et de soutenir des institutions qui améliorent les conditions de la vie humaine. Il faut encourager une large participation à des associations et des institutions d'élection. Il revient à l'Etat de défendre et de promouvoir le bien commun de la société civile. Le bien commun de la famille humaine tout entière appelle une organisation de la société internationale.
 
g-   L'autorité publique est tenue de respecter les droits fondamentaux de la personne humaine et les conditions d'exercice de sa liberté. Selon le principe de subsidiarité, ni l'Etat ni aucune société plus vaste ne doivent se substituer à l'initiative et à la responsabilité des personnes et des corps intermédiaires.
 
h-   Les biens de la création sont destinés au genre humain tout entier. Le droit à la propriété privée n'abolit pas la destination universelle des biens : Les biens créés par Dieu pour tous doivent arriver en fait à tous, suivant la justice et avec l'aide de la charité.
 
i-   La domination accordée par le Créateur sur les ressources minérales, végétales et animales de l'univers ne peut être séparé du respect des obligations morales, y compris envers les générations à venir. Les animaux sont confiés à la gérance de l'homme qui leur doit bienveillance. Ils peuvent servir à la juste satisfaction des besoins de l'homme.
 
j-   La valeur primordiale du travail tient à l'homme même, qui en est l'auteur et le destinataire. Moyennant son travail, l'homme participe à l'œuvre de la création. Uni au Christ le travail peut être rédempteur.
 
k-   L'aumône faite aux pauvres est un témoignage de charité fraternelle : elle est aussi une pratique de justice qui plait à Dieu. L’amour des pauvres est incompatible avec l’amour immodéré des richesses ou leur usage égoïste. Dans la multitude d'êtres humains sans pain, sans toit, sans lieu, comment ne pas reconnaître Lazare, mendiant affamé de la parabole (Lc 17,19-31) ? Comment ne pas entendre Jésus : "A moi non plus vous ne l'avez pas fait" (Mt 25,45) ?
 
l-   Là où le péché pervertit le climat social, il faut faire appel à la conversion des cœurs et à la grâce de Dieu. La charité pousse à de justes réformes. Il n'y a pas de solution à la question sociale en dehors de l'Evangile (cf. CA 3). Toute société réfère ses jugements et sa conduite à une vision de l'homme et de sa destinée. Hors des lumières de l'Evangile sur Dieu et sur l'homme, les sociétés deviennent aisément totalitaires.

 

par Raphaël Bui publié dans : Amour

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